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Père Lëon et L’Homme Renne
visages superposés

Père Lëon
et L’Homme Renne font tous les deux partie du personnel du Bureaux
des Affaires Indiennes. Fondé pour se consacrer aux affaires des
laissés pour compte et des minoritaires, le Bureau, comme son modèle
réel, a une fonction parallélement fictive et réelle.
Dans le domaine artistique de notre pays c’est une œuvre exceptionnelle
dont la chronologie enchaîne la performance, l’installation,
la comédie, la fantaisie mythique et la critique sociale.
Déjà à ses débuts Pekka Kainulainen a construit
ses performances avec des sujets et des personnages qui ultérieurement
forment un ensemble dans l’œuvre intitulée « le
Bureaux des Affaires Indiennes ». Des exemples de ces performances,
inclues dans l’art de Pekka Kainulainen entre 1986 et 91, sont entre
autres Soldat à Ski et « Ca y est – Non » –
homme.
« Ca y est – Non » s’est fait connaître
entre autre aux journées d’arts plastiques à Jyväskylä
en été 1987. Le personnage habillé d’un côté
d’un costume et de l’autre d’un caleçon a le
bras, la jambe et le flanc nus. « Ca y est – Non » est
accompagné d’un garde du corps. L’essentiel de cette
production est le cri répétitif: “Ca y est? –
Non!”. Le spectacle dans le parc de l’église a duré
toute une journée et a bien attiré l’intérêt
mais sans le manifeste écrit de l’artiste le message de l’œuvre
aurait pu rester sans attention. Dans son manifeste Kainulainen raconte
que le but de l’œuvre est de réfléchir aux valeurs
dominantes, de montrer le caractère fondamental de la réalité
de l’époque.

Ceci ainsi que la réflexion sur la réalité sociale
et l’esprit humain forment un des thèmes essentiels qui se
répètent dans toutes les œuvres des performances ultérieures
de Kainulainen.
Le Soldat à Ski a fait son apparition déjà en 1986.
Le centre des affaires de la jeunesse de la ville d´Helsinki avait
commandé l’ensemble de cette œuvre pour être produit
devant les écoliers pendant la semaine du désarmement et
pour honorer l’année de la paix. La performance a pourtant
été retirée du programme dès la première
représentation, étant jugée “trop brutale et
violente”. Selon les organisateurs le spectacle n’était
pas “assez focalisé sur l’espoir et la paix”.
Lors d’un interview du journal Ilta-Sanomat Pekka Kainulainen décrit
l’œuvre interdite: “J’ai utilisé trois mots:
Dieux, Satan, Mère. Selon les hommes qui ont personnellement participé
à la guerre, ces trois mots étaient les plus prononcés
par les soldats mourants.”
Plus tard le Soldat se met sur ses skis. Il devient presque un symbole
archaïque, celui du combat, du pays, du peuple et de la vie. Mais
le skieur aux béquilles, sacrifié et handicapé, n’est
pas beau à voir et dans le tumulte de la ville il devient un étranger.
Sa tragédie est de rester totalement inconciliable avec son environnement.
Il est oublié, survenant du passé, à une époque
et à un lieu inadéquats, comme « sans être invité
».
“Les vétérans ont bien compris le message du personnage”,
dit l’artiste. Le personnage n’est nullement satirique, au
contraire. Pour Kainulainen une des lignes de conduite dans son art est
d’exposer des contradictions symboliques et visibles de l’expérience
humaine.

Le véritable Bureaux des Affaires Indiennes fait son apparition
dans l’art de Kainulainen au cours des semaines d’arts plastiques
à Mänttä en 1995. Le personnage qui le précédait
était appelé par l’artiste “un bonhomme traînant
ses affaires”. L’homme traînant de l’électroménager
lourd et en mauvais état représentait la situation sociale
de l’époque. Les finlandais s’efforçaient alors
de sortir d’une crise économique très sévère
et d’un chômage important. Beaucoup de personnes, écrasées
par leurs dettes, se trouvaient dans la situation de ce “traîneur”.
On ne pouvait plus avoir confiance aux rouages de la société.
“Le Bureaux”, qui à ses débuts prend sa dimension
des phénomènes sociaux de l’époque, change
petit à petit de caractère. Kainulainen commence à
créer dans ses textes et ses spectacles du personnel, de l’histoire
et des méthodes de fonctionnement au Bureau des Affaires Indiennes.
Il déroule d’un écheveau de réalité
et de fantaisie une œuvre conceptuelle. L’Homme Renne à
la tête couronnée de cornes se déplace souvent en
ski, en s’avançant doucement. Il ressemble au Soldat à
Ski mais grâce à ses cornes, à son visage couvert
et à son origine c’est un personnage plutôt préhistorique.
L’Homme Renne fait allusion à la divinité primitive,
au chamanisme. En traversant en ski un grand centre urbain il ne peut
être que nu, abandonné et étranger. Le lieu de vie
de l’Homme Renne est la forêt mais face à la ville
son importance s’accentue: dans la culture urbaine les paroles sur
sa naissance se perdent dans le tumulte.
Vers la fin des années 1990 le Bureau des Affaires Indiennes est
“présidé” par Père Lëon, l’ego
à l’envers mais intact du père Noël. C’est
avant tout dans le personnage absurde et comique de Père Lëon
que l’on peut, à mon avis, constater des traits communs avec
l’arte povera du théâtre médiéval. Dans
le journal Joulumulkasu du groupe de performance Lonkalta Kainulainen
raconte comment dans son art le Père Noël devient Père
Lëon et parallélement le Renne. C’est une histoire rude
et gauche, absurdement humoristique sur comment un idéalisme naïf
se heurte d’une manière absolue, ridicule et même masochiste
aux phénomènes sociaux d’une moralité double.
L’artiste découvre en lui-même Toute cette contradiction
et se trouve noyé. Erkki Pirtola a réalisé un film
vidéo de cette série d’événements étonnants
où Kainulainen, habillé en père Noël perce d’abord,
à la barre de fer, un trou en forme de cœur dans une glace
épaisse pour plonger ensuite, silencieux, dans l’eau glaciale
et disparaître. Finalement du trou émerge (au soulagement
des spectateurs) l’Homme Renne à moitié dévêtu,
hurlant de froid et de douleur.

Dans l’art
performance finlandais on rencontre souvent la souffrance et les expériences
douloureuses comme la crucifixion, l’automutilation ou la pénible
immobilité des heures. La souffrance fait partie de la représentation
de la réalité mais dans les spectacles de Kainulainen elle
n’est pas passive. Dans ses œuvres la souffrance est plutôt
une conséquence de l’effort, du rapport primitif des lois
physiques et humaines, du temps bien avant les machines. L’homme
doit obligatoirement supporter la douleur afin d’atteindre ses buts,
de se réaliser, d’être capable d’évoluer.
Quand l’artiste, á travers son travail veut décrire
l’expérience et le processus de devenir conscient, il s’affronte
à la question fondamentale de l’art. La vision des connexions
de pensée et de sentiments peut être bien claire pour l’artiste
mais savoir la transmettre (plus ou moins intentionnellement) aux autres,
aux spectateurs, est également essentiel en art. C’est comme
si l’artiste, l’œuvre et le spectateur se trouvaient
au croisement des routes où finalement la possibilité de
perception et d’interprétation est transférée
au spectateur.
Dans ses œuvres Pekka Kainulainen utilise des moyens mythiques, racontant
des histoires.
Dans plusieurs de ses spectacles il fait comme s’il démontrait
aux spectateurs des changements intérieurs, des images prenant
forme petit à petit et de nouvelles significations de la pensée.
Dans les œuvres on constate un cheminement très concret de
l’apparition ou du démasquage.
Même si l’effort de Kainulainen était au fond très
sérieux, les énergies de son art comprend également
un rire joyeux et carnavalesque. Les choix de matériaux sont souvent
surprenants. C’est d’un tas de terre, d’un champs d’herbe,
de dessous d’une peau d’élan, d’un emballage
bullepac ou des dépliants publicitaires que peut s’éclore
ou sauter un personnage se cherchant, une créature changée,
un visage sous un autre.

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